Les trois sens du terme Géopolitique selon Nicholas Spykman (1942)

En décembre 1942, Nicholas John Spykman publia un compte-rendu critique sur deux ouvrages récents publiés par Robert Strausz-Hupé d’une part et par Johannes Mattern de l’autre. Cette recension le conduisait à réfléchir au sens du terme Geopolitics (Géopolitique), tel qu’il était alors utilisé. Il déplorait que le terme soit appliqué à au moins trois processus intellectuels distincts qui, pensait-il, devraient rester séparés et décrivait le sens de ceux-ci tels qu’il les comprenait.

Le premier sens était synonyme de géographie politique, c’est-à-dire une science sociale ayant pour objet «l’étude des relations entre les phénomènes géographique et politiques et de l’expansion et de la contraction des états.» (Spykman 1942, 598).

Le deuxième sens désignait une forme d’analyse géographique, c’est-à-dire le “type d’analyse qui doit inévitablement précéder la formulation et l’exécution de politiques des politiques impliquant un choix du lieu de l’action et une prise de conscience des propriétés des relations spatiales.” C’était là, pensait-il, «une des activités intellectuelles les plus fondamentales” et « les hommes d’État avisés en font une partie intégrante de leur stratégie politique en temps de paix, ainsi que de leur stratégie militaire en temps de guerre. »(Spykman 1942, 599)

Un troisième sens désignait la Geopolitik allemande, c’est à dire “une philosophie politique, une théorie sur la nature de l’État et une doctrine sur le besoin et le caractère désirable de l’expansion territoriale.” (Spykman 1942, 599)

Source:

Nicholas John Spykman, « Review of Geopolitics: The Struggle for Space and Power ; Geopolitik: Doctrine of National Self-Sufficiency and Empire; » Political Science Quarterly, 1942, vol. 57, no 4, p. 598‑601.

Définition de la géopolitique selon Samuel van Valkenburg (1954)

À la fin du chapitre premier de la seconde édition de leur ouvrage, Elements of Political Geography, publié en 1954, les géographes américains Samuel Van Valkenburg et Carl Louis Stotz prenaient soin d’inclure une note pour clarifier leur position sur la Géopolitique afin de s’en distancier. Ils proposaient au passage une définition de celle-ci qui mérite d’être relevée :

«Fondamentalement, la géopolitique est la géographie politique appréhendée d’un point de vue national, avec pour résultat qu’elle inclut de nombreux éléments que le géographe scientifiquement objectif ne peut accepter comme défendables» (Valkenburg et Stotz 1954, 9)

Le texte original de cette citation était le suivant:

« Essentially, geopolitics is political geography seen from a national point of view, with the result that it includes many elements that the scientifically objective geographer cannot accept as tenable. »

Dans le reste de cette note, ils ne manquaient bien sûr pas de rappeler que le terme était apparu en Allemagne après la Première Guerre Mondiale et son association avec la période nazi. Ils soulignaient que Karl Haushofer et ses disciples avaient eux-mêmes eu de grandes difficultés à définir la géopolitique. Ils relevaient l’existence d’une «soit-disant géopolitique américaine qui traite des problèmes du monde du point de vue de l’Américain pur et dur, de ce qui est bon ou mauvais pour les États-Unis.» (Valkenburg et Stotz 1954, 9-10) 

Ils prenaient pour leur part le parti de ne pas traiter de géopolitique et de ne prendre en considération que les éléments qui peuvent être utilisés de façon constructive par tous les peuples, émettant par ailleurs le souhait que toutes les nations réalisent que leurs intérêts étaient le mieux service «dans un monde de paix et de coopération».

Source:

Samuel Van Valkenburg et Carl Louis Stotz, Elements of Political Geography, New York, Prentice-Hall, 1954, xvi‑400 p. 

Un usage précoce de l’adjectif géo-stratégique par Frederick L. Schuman (mai 1942)

Il est intéressant de relever l’usage précoce que faisait l’historien américain Frederick L. Schuman (1904-1981) de l’adjectif «géo-géostratégique» (geo-strategic) dès mai 1942:

«La pratique de la géopolitique, et même du réalisme politique démodé, c’est toutefois révélé impossible durant le temps de paix dans les démocraties dont tant les hommes d’état que les électeurs n’ont pas saisis les réalités géo-stratégiques.» (Schuman, 1942, 164)

Le texte original de cette citation était le suivant:

« The practice of geopolitics, or even of old-fashioned political realism, however, has hitherto proved impossible during peacetime in democracies whose statesmen and voters alike have not grasps of geo-strategic realities. » (Schuman, 1942, 164)

Schuman utilisait une telle expression dans le cadre d’un article consacré à la Geopolitik de Karl Haushofer, sans toutefois expliquer le sens précis de ce qu’il pouvait entendre par cet adjectif. Il semble toutefois l’utiliser comme synonyme de « réalités géopolitiques » (geopolitical realities), utilisé plus loin dans l’article (Schuman, 1942, 165).

Pour le moins étrangement Andrew Gyorgy affirmait que Schuman avait été le premier à utiliser le terme « Geostrategy » (Géostratégie) pour traduire le concept allemand de Wehrgeopolitik (Gyorgy, 1942, 347). Cela n’est toutefois pas le cas. En effet, Schuman traduisait ce concept par «Defence Geopolitics» (Géopolitique de la défense) et n’utilisait que l’adjectif geo-strategic. (Schuman, 1942, 162)

Références

Andrew Gyorgy, « The Geopolitics of War: Total War and Geostrategy », The Journal of Politics, 1943, vol. 5, no 4, p. 347‑362.

Frederick L. Schuman, « Let Us Learn Our Geopolitics », Current History, 1942, vol. 2, no 9, p. 161-175.

Définition de la Géopolitique selon Harold Sprout (1954)

Dans un article reprenant le texte d’une conférence prononcée le 16 septembre 1953 à l’US Naval War College de Newport (Rhode Island), dans laquelle il se proposait de procéder tout à la fois à une comparaison et une évaluation des théories géopolitiques qui avaient pu être proposées, Harold Sprout déclarait:

« J’utilise le mot « géopolitique » dans un sens complètement neutre. C’est un mot qui est devenu un adjectif dans les années 1920 et 1930. Il en est arrivé à être identifié avec le programme allemand de « conquête, guerre, racisme » et il n’a peut-être pas encore été complètement décontaminé. C’est un raccourci pour « les relations entre les facteurs géographiques et les autres facteurs relatifs à la répartition de la puissance dans le monde ». (Sprout 1954, 19)

Il est intéressant d’observer la façon de laquelle dans le corps du texte, il qualifiait le terme de théorie en lui accolant celui d’hypothèse entre parenthèses de la façon suivante: « théories (hypothèses) » (Sprout 1954, 19).

Le texte original de cette citation était le suivant:

« I am using the word « geopolitical » in a completely neutral sense –it is a world that became an epithet in the 1920’s and 1930’s; it became identified with the German program of « conquest, war, racism, » and perhaps it is not yet completely decontaminated. It is a shorthand expression for « the relationship between geographical and other factors in the distribution of power in the world. » ((Sprout 1954, 19)

Source:

Harold Sprout, « Geopolitical Theories Compared », Naval War College Review, Vol. VI, No 5, January, 1954, p.19-36.

Geopolitics and the British Empire: Halford Mackinder’s Liberal Imperialism

Ben Richardson, « Geopolitics and the British Empire: Halford Mackinder’s Liberal Imperialism », E-International Relations, 21 mars 2021.

https://www.e-ir.info/2021/03/21/geopolitics-and-the-british-empire-halford-mackinders-liberal-imperialism/

Le proverbe de Boggs (1954)

Le proverbe de Mackinder, formulé par Mackinder dans Democratic Ideals and Realities, est bien connu:

«Qui domine l’Europe orientale, maîtrise le Heartland.
Qui domine le Heartland, maîtrise l’Île mondiale.
Qui domine l’Île mondiale, maîtrise le Monde.»

Samuel Whittemore Boggs (1889-1954), qui était alors le Géographe du Département d’État américain, s’en est inspiré pour formuler en 1954 un proverbe sur la géographie et l’étude des relations internationales, qui n’est guère connu mais mériterait de l’être:

«He who would solve world problems must understand them;
He who would understand world problems must visualize them ; and
He who would visualize world problems should study them on the spherical surface of a globe

Ce qui pourrait se traduire de la façon suivante, qui ne me semble toutefois pas complètement satisfaisante:

«Qui veut résoudre les problèmes du monde doit les comprendre;
qui veut comprendre les problèmes du monde doit les visualiser; et
qui veut visualiser les problèmes du monde devrait les étudier sur la surface sphérique d’un globe

Source:

Samuel Whittemore Boggs, « Global relations of the United States », The Department of State Bulletin, 14 juin 1954, p. 910.

La carte des centres naturels de la puissance de Mackinder (1904)

English version

La carte des centres naturels de la puissance, dont la forme ovale est très caractéristique, jouit d’une certaine célébrité et a une valeur emblématique. Elle provient d’un article, «le Pivot géographique de l’histoire» publié en avril 1904 dans The Geographical Journal, qui est devenu un des grands classiques du canon de la Géopolitique et de la Géostratégie (Mackinder, 1904).

1904 - GPH - The natural seats of powerSource: H.J. Mackinder, “The Geographical Pivot of History”, The Geographical Journal, avril 1904, p. 435. Cette carte publiée en 1904 est désormais dans le domaine public.

L’auteur de cet article était le géographe anglais Halford J. Mackinder (1861–1947), l’homme qui avait introduit l’enseignement de la Géographie à l’Université d’Oxford en 1887, avant d’y créer douze ans plus tard la School of Geography. Il occupait alors déjà, depuis décembre 1903, la direction de la London School of Economics. Mackinder se faisait le promoteur d’une certaine conception de la Géographie qui avait vocation à être une discipline unitaire combinant ses dimensions physiques et humaines. Il avait à coeur tout autant de développer les bases de la discipline naissante au Royaume-Uni que de montrer ses applications possibles dans différents domaines, et tout particulièrement sa pertinence pour les décideurs politiques. Il est important de souligner la façon que sa démarche scientifique allait de pair avec un militantisme en faveur de l’impérialisme constructif : il travaillait à l’avancement d’une grande ambition politique, l’unité impériale de la Greater Britain.

La carte elle-même a été réalisée par Bernard Vernon Darbishire, un cartographe quasiment oublié, qui eut pourtant une certaine renommée en son temps. Né au Pays de Galles en 1865, il avait fait ses études au Trinity College d’Oxford. Suivre les cours de Géographie de Mackinder avait suscité chez lui une vocation de cartographe professionnel. Ainsi avait-il lancé en affaires et avait ouvert une boutique de cartes et un atelier de cartographie à Oxford : les mentions «Darbishire & Stanford» et «Oxford Geographical Institute» figurent d’ailleurs sur le document que nous analysons. Darbishire faisait partie, en 1904, du corps enseignant de la School of Geography d’Oxford, où il était chargé de l’initiation aux techniques cartographiques.

L’article que cette carte illustrait, «The Geographical Pivot of History» (Le pivot géographique de l’Histoire), publié par Halford Mackinder en avril 1904 reprenait une communication présentée devant une société savante, la très prestigieuse Royal Geographical Society de Londres, le 25 janvier 1904. Nous étions alors deux semaines exactement avant le déclenchement d’un évènement majeur dans l’histoire des relations internationales contemporaines, la guerre russo-japonaise qui se déroula du 8 février 1904 au 5 décembre 1905. La démarche de Mackinder dans cet article était d’une incroyable ambition, puisqu’il ne faisait rien de moins que de se donner pour objectif de parvenir à « une formule qui exprimera à tout le moins certains aspects de la causalité géographique dans l’histoire universelle.» (Mackinder, 1904, 422)

Pour se faire il prenait comme point de départ l’opposition entre la puissance maritime et la puissance terrestre dans l’Histoire, faisant au passage explicitement mention des travaux du capitaine de vaisseau Alfred Thayer Mahan. Mackinder formulait ainsi une hypothèse de travail des plus hardies selon laquelle la vaste zone de drainage continental et arctique du centre de l’Asie auraient été depuis très longtemps « le pivot géographique de l’Histoire », l’espace central d’où étaient parties les grandes invasions qui avaient rythmé l’histoire du Vieux Monde. Cette zone, qualifiée de « heart-land » (avec un trait d’union, il faut le souligner), avait dans son esprit vocation à demeurer le « pivot du monde politique ». Mackinder prenait le contrepied d’une façon profondément iconoclaste, des lectures eurocentriques du monde, dominantes à l’époque, affirmant que l’histoire de l’Europe était subordonnée à celle de l’Asie. Pour ambitieuse qu’elle soit, la démarche de Mackinder n’en était pas pour autant emprunte d’hubris : il faisait tout au contraire, en contrepoint, preuve d’une modestie de bon aloi, insistant sur le fait qu’il ne s’agissait que d’une première approximation. Il convient d’insister sur le fait que si ce texte est souvent présenté à tort comme l’expression d’un raisonnement déterministe, il procédait avant tout d’une démarche qui procède d’une forme bien particulière de possibilisme. Il raisonnait en termes de « possibilités stratégiques» («strategical opportunities»), terme qu’il n’utilisa toutefois explicitement dans son ouvrage de 1919, Democratic Ideals and Reality (Mackinder, 1919, 1).

Cette carte en noir et blanc à petite échelle, qui occupe une page entière de la revue, présente une forme ovale: c’est là la marque de Bernard Darbyshire qui est l’auteur de toute une séries de cartes dessinées en utilisant une telle projection pseudo-cylindrique. En effet, cette carte a bien été dessinée en utilisant une projection de Mercator, dont les parties périphériques, qui feraient apparaître les régions polaires comme démesurément grandes ont été tout simplement été éliminées.

Mackinder pense le monde du point de vue de la puissance maritime et utiliser une projection de Mercator semble à ce titre particulièrement pertinent. C’était certes à l’époque la projection la plus courante, mais le choix d’une projection n’est bien sûr jamais neutre et elle présente ici l’avantage pour Mackinder de contribuer ici à faire apparaître la zone pivot comme plus massive, ce qui procède de la construction visuelle de l’impression d’une masse menaçante. L’utilisation de cette projection permet également de pouvoir représenter une partie de l’Amérique deux fois, tant à la gauche qu’à la droite de la carte.

Mackinder représente le monde en mettant en évidence trois ensembles qui revêtent une importance toute particulière et qui sont décris dans la légende de la carte qui se trouve en dessous de celle-ci. À savoir, lorsqu’on les traduit: la «Zone pivot : complètement océanique», le «Croissant extérieur : complètement océanique», le «Croissant intérieur : partiellement océanique, partiellement continental»

L’hypothèse que Mackinder présente dans son article et dont il examine la validité est celle de l’existence d’un espace d’une importance cardinale dans le monde la zone-pivot, représentée sur la carte avec un motif tacheté de points. Elle est colorée en jaune sur la carte ci-dessous afin de bien la mettre en évidence.

1904-pivot

L’espace en question avait été tout simplement construit en reprenant un espace qui apparaissait très clairement sur la carte orographique de l’Asie et correspondait aux bassins de drainage continental et arctique. Il comprenait ainsi non seulement une partie de l’Empire russe, mais également la plus grande partie de l’Empire perse, seules les marges côtières de celui-ci n’en faisant pas partie. L’utilisation d’une projections de Mercator a pour effet que la zone-pivot apparaît proportionnellement beaucoup plus vaste qu’elle ne l’est véritablement. Cela peut-être interprété comme procédant de la construction visuelle de la menace que celle-ci représente pour l’empire britannique, nous reviendrons sur ce point plus tard.

Le croissant intérieur ou périphérique, coloré en orange sur la carte ci-dessous, correspond aux régions périphérique de l’Europe et de l’Asie.

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Mackinder décrivait dans l’article comment il abritait les grandes civilisations de l’Histoire. C’est un espace sur lequel s’exerce à l’époque où il écrit la pression de la Russie, en particulier dans le cadre des questions du Proche-Orient, du Moyen-Orient et de l’Extrême-Orient. Mackinder n’analysait pas spécifiquement la situation de l’Europe, qui comprenait alors pourtant cinq des sept grandes puissances mondiales. Tout au plus évoquait-il le fait que l’Allemagne occupait la «position stratégique centrale » en Europe. (Mackinder, 1904, 436)

1904-outer-crescent

Le croissant extérieur ou insulaire, coloré en rouge ci-dessus, comprend non seulement les États-Unis et les dominions britanniques (le Canada, Terre-Neuve, l’Afrique du Sud, l’Australie et la Nouvelle-Zélande), mais également les deux alliés britannique et japonais, plus proches de la masse continentale eurasienne. Il s’agit là du domaine océanique, celui de la puissance maritime. Il faut bien souligner la façon dont les Îles britanniques sont sur cet carte détachées de l’Europe, tout comme le Japon est détaché de l’Asie, ce qui sur un plan stratégique dans le contexte de l’époque reflétait une réalité fondamentale. Le fait que les États-Unis soient représentés deux fois, tant à l’Ouest qu’à l’Est, traduit visuellement le fait qu’il faut désormais compter avec la puissance américaine tant dans l’Océan atlantique que dans l’Océan pacifique où elle désormais présente tant à Hawaï qu’aux Philippines.

Il est en général possible lorsque l’on analyse une carte de tirer des enseignements utiles de l’endroit où se situe le centre d’une carte. Le fait que l’Amérique soit représenté deux fois, tant à la gauche qu’à la droite de cette carte, pose une difficulté. Il est donc nécessaire de intéresser avant tout à l’espace qui se trouve au centre des deux « croissants » représentés. C’est bien l’Inde qui ce trouve au centre de ceux-ci, ce qui montre que nous sommes bien en présence d’une lecture indocentrique du monde.

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Drapeau ottoman. Crédit à l’auteur : Par Kerem Ozcan (en.wikipedia.org) [Public domain], via Wikimedia Commons

Mackinder semble d’ailleurs avoir ici trouvé son inspiration dans le motif du drapeau ottoman: c’est ce que suggère un passage d’un article publié l’année suivante dans lequel il explique que « le Canada, l’Australasie et l’Afrique du Sud sont disposés comme un croissant sur le drapeau turc, avec l’Inde à la place de l’étoile. » (Mackinder 1905, 140) Une étoile était également utilisé comme symbole de l’Inde à l’époque. Ainsi la Star of India figurait-elle par exemple sur le pavillon bleu de la Royal Indian Navy, qui comportait également l’Union Jack dans le canton supérieur à l’attache.

C’était bien que le propos essentiel de cet article était de mettre l’accent sur le péril que représentait la pression centripète exercée par la puissance russe pour le Royaume-Uni et son allié japonais. Le scénario catastrophe envisagé par Mackinder est toutefois celui d’une possible combinaison entre l’état-pivot, l’empire russe, et l’empire allemand qui occupe alors la «position centrale stratégique […] en Europe.»
Mackinder employait une logique qui procédait d’une type de raisonnement de type défi-réponse. Pour lui, le défi posé par la puissance continentale était bénéfique en ce sens qu’il ne laissait pas d’autre choix à la puissance maritime que de le relever. Pour ce tenant de l’impérialisme constructif, la voie à suivre était celle de l’unité impériale de la Greater Britain qui lui permettrait le cas échéant de fournir les hommes nécessaires à une projection de puissance dans les régions périphériques de l’Europe et de l’Asie.

Références

Mackinder, H. J. (1904). The Geographical Pivot of History. The Geographical Journal, 23(4), 421–437.

Mackinder, H. J. (1905). Man-Power as a Measure of National and Imperial Strength. National and English Review, 45, 136–143.

Mackinder, H. J. (1919). Democratic Ideals and Reality: A Study in the Politics of Reconstruction. Constable.

Définition de la Géopolitique selon Edmund Walsh (1942)

Le Révérend Père Edmund A. Walsh, S.J., qui avait été le fondateur de la School of Foreign Service à Georgetown University, proposait en septembre 1942 la définition suivante de Géopolitique.

« Geopolitics is not a distinct, autonomous science. It is a working synthesis of many specialized branches of research – geography, political science, sociology, economics, history and anthropology. It is a study of the relationship existing between many legitimate sciences. The main objective of German geopolitics has been to justify policies of expediency for practical statesmen, and thus enable them to base their military strategy on supposedly just and equitable premises drawn from geography, history, economics and national interest. It distorted facts to fit policy. Safeguarded against abuse, however, geopolitics can perform a legitimate and useful function in the formulation of national policy. »

Cela pourrait se traduire en français de la façon suivante:

« La géopolitique n’est pas une science distincte autonome. C’est une synthèse de travail de plusieurs branches spécialisées de la recherche: la géographie, la science politique, la sociologie, l’économie, l’histoire et l’anthropologie. C’est une étude des relations existant entre plusieurs sciences légitimes. L’objectif principal de la géopolitique a été de justifier des politiques opportunistes pour des hommes d’état pragmatiques et ainsi de leur permettre de baser leur stratégie militaire sur des postulats supposément justes et équitables tiré de la géographie, de l’histoire, de l’économie et de l’intérêt national. Elle a déformé les faits pour cadre avec les politiques. Protégée des abus, la géopolitique peut toutefois remplir une fonction légitime et utile dans la formation des politiques nationales. »

Edmund A. Walsh SJ, The Political Economy of Total War, Washington, DC, School of Foreign Service, Georgetown University, 1942, pp. 52-53.